Pénurie de compétences : le grand paradoxe du marché du travail français

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Pénurie de compétences : le grand paradoxe du marché du travail français — Terrem

Ressources humaines · Aménagement du territoire · Mai 2026

Pénurie de compétences : le grand paradoxe du marché du travail français

Des centaines de milliers de postes vacants, un chômage qui résiste, une économie sous tension — et demain, des projets de plus en plus complexes qui exigeront des entreprises toujours plus expertes. La France se trouve face à un défi structurel qu'aucune offre d'emploi seule ne peut résoudre.

Par l'équipe Terrem Mai 2026 Lecture : 7 min

Trouver les bons profils, les intégrer, les fidéliser — un défi quotidien pour des milliers d'entreprises françaises. © Pixabay

60 %des entreprises françaises peinent à recruter en 2026

2,28Mprojets de recrutement recensés, dont près de la moitié jugés difficiles

175 Md€de manque à gagner potentiel d'ici 2030 lié à la pénurie de talents

Embaucher n'a jamais semblé aussi difficile. Et pourtant, les offres d'emploi ne manquent pas. Ce paradoxe est au cœur d'une réalité que vivent quotidiennement des milliers d'entreprises françaises : les compétences recherchées sont là, quelque part — mais introuvables au bon moment, au bon endroit, dans le bon format.

Dans un contexte économique incertain, marqué par une inflation persistante, une croissance atone et des arbitrages budgétaires complexes, la question du recrutement est devenue une véritable contrainte stratégique. Ne pas trouver le bon profil, c'est accepter des retards de production, des commandes refusées, des équipes épuisées.

« La pénurie de talents n'est plus un phénomène conjoncturel — elle s'installe durablement dans le paysage économique français. »

Un marché du travail en ciseau

D'un côté, la demande de compétences explose dans des domaines en pleine transformation : numérique, transition énergétique, intelligence artificielle, cybersécurité. De l'autre, le système de formation peine à adapter ses flux assez vite, et les profils disponibles ne correspondent pas toujours aux besoins immédiats des entreprises.

La démographie aggrave la situation. Entre 2024 et 2030, plus de 800 000 départs en retraite annuels sont attendus, touchant particulièrement les fonctions techniques et d'encadrement intermédiaire — sans relève immédiate en nombre suffisant.

D'ici 2030, la France pourrait manquer de 1,5 million de salariés disposant des compétences adaptées aux besoins des entreprises. Pour le seul cabinet Korn Ferry, ce déficit représenterait une perte de 6,5 % du PIB français.

Les secteurs les plus exposés

Des postes vacants pendant des mois, des équipes surchargées : la tension du recrutement se répercute directement sur l'activité économique. © Pixabay

La tension n'est pas uniforme. Certains secteurs font face à une crise structurelle qui dépasse le seul phénomène conjoncturel :

Numérique & IA

IA, cybersécurité, data : plus de 15 000 postes non pourvus dans la tech

Santé & médico-social

61 330 postes d'aide à domicile à pourvoir, taux de difficulté : 80 %

Industrie & BTP

Secteurs les plus touchés, avec 38 à 50 % des recruteurs en difficulté

Hôtellerie & restauration

Post-Covid, le secteur n'a jamais retrouvé ses effectifs d'avant-crise

La crise économique comme accélérateur

Dans un contexte de ralentissement économique, on pourrait s'attendre à ce que les difficultés de recrutement s'atténuent. Il n'en est rien. L'enquête BMO 2026 de France Travail fait état de 2,28 millions de projets de recrutement — en baisse de 6,5 % sur un an — mais le niveau de tension se maintient au plus haut depuis 2011. Moins d'embauches prévues, mais autant de mal à les concrétiser : c'est là tout le paradoxe.

Les entreprises en difficulté financière sont souvent les moins attractives : elles ne peuvent pas aligner les salaires sur un marché tendu, proposer la flexibilité attendue par les candidats, ni investir dans la formation et l'onboarding. Le cercle devient vicieux : faute de recruter, elles peinent à livrer ; faute de livrer, elles peinent à investir.

« Des projets retardés, des commandes refusées, une activité bridée alors que la demande existe : le manque de compétences coûte cher. »

Le ZAN : quand la réglementation complexifie encore l'équation Nouveau défi

À la pénurie de compétences déjà existante s'ajoute une pression réglementaire qui va transformer en profondeur les modes de faire de nombreux secteurs. La loi Climat et Résilience de 2021 a inscrit dans le code de l'urbanisme un objectif jusqu'alors inédit : le Zéro Artificialisation Nette des sols à l'horizon 2050. Un objectif qui ne restera pas abstrait longtemps.

2021Loi Climat et Résilience — objectif ZAN 2050 inscrit dans le droit. Réduction de 50 % de la consommation foncière fixée pour 2031.

2023Loi ZAN du 20 juillet — renforcement du cadre, quelques assouplissements pour les communes rurales, garantie d'1 ha par commune.

2027Intégration obligatoire des objectifs ZAN dans les SCoT. Les projets sans conformité documentaire seront bloqués.

2028Mise en conformité de l'ensemble des PLU et PLUi — les zones constructibles se rétrécissent significativement partout en France.

20 000hectares d'espaces naturels perdus chaque année — le ZAN vise à diviser ce rythme par deux d'ici 2031

−50 %de consommation foncière imposés d'ici 2031, avec un ZAN total en 2050

2028date limite de mise en conformité de tous les PLU — le marché bascule avant

La reconversion de friches industrielles et la réhabilitation du bâti existant — des chantiers techniquement exigeants qui nécessiteront des entreprises toujours plus expertes. © Pixabay

Des projets radicalement différents

Concrètement, le ZAN ne signifie pas l'arrêt de construire. Il impose de construire autrement — et cette distinction est capitale pour comprendre l'impact sur les compétences. Le foncier vierge se raréfie, les zones d'extension périphérique se ferment. Ce qui s'ouvre à la place, c'est un marché centré sur l'existant : réhabilitation, surélévation, reconversion de friches, densification, renaturation.

Des chantiers techniquement bien plus exigeants que la construction neuve standard. Un programme sur friche industrielle implique du désamiantage, de la dépollution, une reprise de structure souvent complexe. Une réhabilitation lourde requiert une lecture fine du bâti existant, une coordination renforcée entre corps de métier, une maîtrise pointue des réglementations thermiques et environnementales superposées.

« Le marché glisse vers la rénovation, la surélévation, la reconversion de friches. Des chantiers bien plus exigeants — pour lesquels les profils généralistes ne suffisent plus. »

Foncier sous tension

Les terrains constructibles se raréfient — les délais d'instruction des PLU s'allongent dans toutes les zones tendues

Reconversion de friches

Désamiantage, dépollution, reprise structurelle : des métiers rares, en forte demande

Expertise réglementaire

SRADDET, SCoT, PLUi, ZAN : naviguer dans ces couches juridiques exige des spécialistes

Renaturation & biodiversité

Compétences quasi inexistantes il y a 10 ans, désormais incontournables dans tout projet d'aménagement

Pour les PME du BTP et de l'aménagement, l'enjeu est clair : les entreprises outillées sur l'existant et la réhabilitation seront avantagées. Celles qui misent encore tout sur le neuf en lotissement verront leur marché se contracter structurellement d'ici 2028-2031.

Un effet de ciseaux sur les compétences

Le ZAN crée une double pression qui aggrave directement la pénurie de compétences déjà décrite : d'un côté, les projets deviennent structurellement plus complexes, exigeant des profils plus rares et plus spécialisés. De l'autre, les entreprises qui n'anticipent pas cette mutation risquent de se retrouver hors-jeu sur des appels d'offres qui exigeront des certifications, des références et des expertises qu'elles n'ont pas eu le temps de construire.

Le manque d'ingénierie dans les communes rurales, régulièrement souligné lors des débats au Parlement, illustre bien cette réalité : la mise en œuvre du ZAN suppose des expertises en urbanisme, en droit foncier, en écologie des sols, en maîtrise d'ouvrage complexe — des profils aujourd'hui très difficiles à trouver, y compris dans les grandes agglomérations.

Ce que les entreprises peuvent faire dès maintenant

Revoir ses critères de recrutement

Recruter sur le potentiel plutôt que sur le CV parfait. Les profils en reconversion, les autodidactes, les soft skills sous-évalués sont souvent des ressources inexploitées. Les entreprises les plus agiles ont déjà abandonné la quête du mouton à cinq pattes.

Investir dans la montée en compétences

Former n'est plus une dépense — c'est l'investissement le plus rentable dans un marché tendu. Les compétences liées au ZAN — réhabilitation, renaturation, ingénierie réglementaire — ne se trouveront pas toutes sur le marché : elles se construiront en interne.

Anticiper la mutation des marchés

Le glissement vers la rénovation, la reconversion et la densification n'est pas une option : c'est une trajectoire législative à horizon 2028-2050. Les entreprises qui l'intègrent aujourd'hui dans leur stratégie commerciale et RH seront mieux positionnées.

S'entourer de partenaires experts

Face à des projets de plus en plus techniques et réglementés, la capacité à s'appuyer sur des prestataires disposant des bonnes certifications et des bonnes expertises devient un avantage concurrentiel en soi.

S'entourer des bons partenaires : un avantage compétitif décisif dans un marché qui exige toujours plus d'expertise. © Pixabay

Chez Terrem, nous accompagnons les entreprises dans leurs enjeux opérationnels les plus exigeants — y compris dans ce nouveau contexte réglementaire et foncier. La question des compétences et de l'expertise est au cœur de la performance durable.

Vous faites face à des difficultés de recrutement, anticipez les impacts du ZAN ou souhaitez renforcer l'expertise de vos équipes ?


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